Australiens et Néo-Zélandais dans la première guerre mondiale

Dès le début des hostilités, l’Australie et la Nouvelle-Zélande s’engagèrent aux cotés de la mère-patrie dans la lutte contre les Empires centraux. Le Premier ministre australien Joseph Cook, le 31 juillet 1914, affirmait : "Souvenez-vous que lorsque l’Empire est en guerre, l’Australie est aussi en guerre !".

Cependant, un décret, le Defence Act, empêchait l’armée régulière d’intervenir en dehors de la fédération. Le 4 août 1914, le parlement australien proposa à l’amirauté britannique de mettre à sa disposition une flotte, mais aussi une force militaire, créée pour la durée de la guerre, pouvant servir outre-mer, l’Australian Imperial Force, l’AIF.

Le Sydney Morning Standard déclarait le 6 août 1914 : "C’est notre baptême par le feu. La discipline aidera à nous trouver nous-mêmes".

Dominion depuis 1907, la Nouvelle-Zélande possédait une force territoriale créée en 1911. A la déclaration de guerre, le gouvernement néo-zélandais décida la création d’une force expéditionnaire, la NZEF, qui occupa rapidement les possessions allemandes des îles Samoa. alors que les Australiens se rendaient maîtres de la Nouvelle-Guinée.

Fin octobre, un contingent de 8500 hommes de la NZEF rejoignit les forces australiennes de l’AIF et l’ensemble fit route vers l’Europe, mais débarqua en Egypte en raison de l’entrée en guerre de la Turquie aux cotés de l’Allemagne.

En accord avec les gouvernements des deux pays, Londres constitua un corps commun : l’ANZAC, Australian and New Zealand Army Corps. Ces soldats furent placés sous les ordres du général anglais Birdwood.

Ce n’est qu’en 1916 que la conscription fut imposée en Nouvelle-Zélande, alors qu’en Australie, deux référendums successifs obligeront le gouvernement à ne faire appel qu’à des volontaires malgré des pertes élevées.

En 1915, l’état-major britannique réunit à Alexandrie 50000 hommes dont la majorité étaient des "Anzacs" sous le commandement de Ian Hamilton.

Le 25 avril 1915, les volontaires de l’Anzac reçurent un cruel baptême du feu à Gallipoli, sur la côte de la Turquie, où les troupes ennemies, solidement retranchées et puissamment armées, leur infligèrent de lourdes pertes d’avril à décembre 1915. Cette action coûta plus de 8500 tués et près de 20000 blessés aux seuls Australiens. Le 25 avril 1915, Anzac Day, jour de ces terribles combats, est souvent considéré comme le jour de naissance des nations australienne et néo-zélandaise.

Après s’être particulièrement illustrés sur les plages des Dardanelles en 1915, ce qui établit leur réputation militaire, les Australiens et Néo-Zélandais participèrent héroïquement aux combats sur le front occidental où la bataille de la Somme faisait rage, en avril 1916.

En mars 1916, les 1ère et 2ème divisions australiennes et la division néo-zélandaise formèrent le 1er corps Anzac, sous le commandement du général Birdwood, et les 4ème et 5ème divisions australiennes, sous les ordres du général Godley, constituèrent le 2ème corps Anzac.

Dès juillet, les Australiens furent jetés dans la bataille de Fromelles et subissent d’importantes pertes (5000 hommes). En juillet et août 1916, à la bataille du moulin de Pozières, cote 160 défendu par la Garde prussienne et les Brandebourgeois, les trois divisions australiennes attaquèrent successivement pendant près de 45 jours, en registrant plus de 23000 pertes. Ces troupes ne furent relevées que le 6 septembre. La prise de Pozières constitua la seule victoire alliée du désastre de la Somme.

En 1917, les Australiens furent présents dans les grandes offensives alliées. Du 17 au 19 mars 1917, les Anzac de la 5è armée britannique du général Gough réoccupèrent Bapaume. Puis ce furent Lagnicourt, Doignies et Louvermal qui tombèrent à leur tour, permettant aux Anzac de se trouver au contact de la ligne Hindenburg, qu’ils attaquèrent le 11 avril près de Bullecourt. Au prix de très violents combats et d’importantes pertes, les hommes de la 4è division australienne s’emparèrent d’une partie de la ligne de front, réputée pourtant inexpugnable. Les Anzac tinrent victorieusement Bullecourt en mai malgré les attaques répétées des Allemands.

Ce fut ensuite la bataille de Messines, en Belgique, le 7 juin, durant laquelle les Néo-Zélandais s’emparèrent du village et coiffèrent les crêtes sans rencontrer de résistance, et la troisième bataille d’Ypres à Passchendaele (juillet-novembre), où les Anzac subiront autant la boue que les gaz moutarde et perdront encore 38000 hommes.

C’est à cette époque que les troupes néo-zélandaises se séparèrent de leurs camarades australiens et que l’expression Anzac cessa d’être utilisée. Les deux dominions reprenaient leur identité.

En 1918, les troupes australiennes furent regroupées en un corps d’armée à 5 divisions sous le commandement du général Birdwood, puis du major-général Monash.

Retirés des lignes du front au début de 1918, les Australiens ne subirent pas les grandes offensives allemandes qui débutèrent en mars. De retour sur le front, dans la région d’Amiens, dès avril, les unités australiennes allaient freiner l’ardeur allemande et entreprendre une contre-offensive.

Ce sont les combats de Villers-Bretonneux, en avril 1918, qui les firent entrer dans la légende des combattants de la Grande Guerre sur le front occidental.

Les 12 et 13 avril 1918, une manoeuvre de diversion allemande entre Armentières et Béthune fut repoussée par la 1ère division australienne, envoyée en toute hâte sur la Lys pour endiguer une poussée ennemie près de Strazeel. Avec l’appui de chars et utilisant des gaz moutarde, les Allemands se lancèrent une fois encore à l’assaut de Villers-Bretonneux le 18 avril. Le village tomba et Amiens se trouva alors sous la menace directe de leurs canons.

Le 24 avril, les 13è et 15è brigades d’infanterie australiennes effectuèrent une contre-offensive hardie, attaquant respectivement au sud sur le plateau de Cachy et au nord à la cote 104 pour prendre en tenaille et encercler complètement le village, avec l’appui d’une brigade britannique. A l’aube du 25 avril, date anniversaire de Gallipoli, Villers-Bretonneux était définitivement libéré. La reconquête de cette ville par les Australiens empêcha toute progression allemande vers Amiens et permit d’éviter une brèche entre les forces françaises et britanniques.

Depuis ces événements tragiques, chaque année, le 25 avril, Anzac Day, à Villers-Bretonneux, à Bullecourt, mais aussi à Fromelles, Pozières, Vieux-Berquin et d’autres communes de la Somme et du Nord, les habitants célèbrent avec reconnaissance et émotion la mémoire des jeunes volontaires venus de l’autre bout du monde défendre, sur le sol français, un idéal commun de liberté.

Appuyés par des tanks et, pour la première fois, par des unités du contingent américain, les soldats australiens, sous le commandement du général Monash, reprirent l’offensive le 4 juillet et s’emparèrent de Hamel où ils consolidèrent leurs positions et firent près de 1900 prisonniers. Cette opération fut un modèle de coordination de l’infanterie, de l’artillerie et de l’aviation.

Le 8 août, la disposition de la IVème armée de Rawlinson prévoyait que le Canadian Corps de Currie et le Corps australien, commandé par le général Monash, devaient mener au sud de la Somme l’assaut principal. Sans préparation d’artillerie et avec 456 tanks, la surprise fut totale. Les Canadiens et les Australiens balayèrent les positions avancées allemandes. Les objectifs de la journée furent entièrement atteints. Les Alliés avaient progressé de 16 km et fait 6500 prisonniers.

Entre août et octobre 1918, le corps australien fit près de 30000 prisonniers et, alors que cela paraissait impossible depuis des années, entreprit une impressionnante percée dans la direction Amiens/Roye. Ils achevèrent leur épopée de l’Aisne avec la prise du village de Montbréhain en novembre.

Apres avoir pris Bapaume en août, le 4 novembre 1918, la ville du Quesnoy fut attaquée par les hommes de la division néo-zélandaise qui escaladèrent les remparts de la ville et capturèrent le commandant de la place et sa garnison de 1000 soldats.

Au total, plus de 416000 Australiens (313000 sur le front occidental) et 128000 Néo-Zélandais (plus de 90000 en France et en Belgique) seront volontaires ou mobilisés entre 1914 et 1918 sur tous les fronts. 60000 Australiens et 18150 Néo-Zélandais mourront sur le front occidental, en Turquie ou dans le Pacifique, soit, pour le front occidental, le taux le plus élevé des armées engagées.

C’est dans l’enfer de la Première Guerre mondiale que l’Australie et la Nouvelle Zélande se forgèrent leur identité de nation. "Gallipoli et la guerre sur le front de l’ouest éveillèrent la conscience des Australiens à l’idée de nation" écrit Robert Dare de l’université d’Adélaïde.

Source : SIRPAC (Service d’Information et de Relations Publiques des Anciens Combattants)

Dernière modification : 18/02/2011

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